Les Sœurs
Gribouille suit.
Son visage est serein — pas d’effort visible, pas de crispation. L’épreuve est derrière. Ce qui vient maintenant, c’est du travail qu’il connaît.
Trouver le chef.
Parler au chef.
La vérité, simplement.
La forêt s’ouvre.
Pas progressivement — d’un coup, comme une porte. Un espace circulaire entre des arbres titanesques dont les troncs forment une enceinte naturelle parfaite. La lumière tombe du centre de la canopée en un seul puits vertical, vert et doré, qui éclaire ce qui se trouve en dessous comme un projecteur.
Elles sont partout.
Sur les branches, sur les racines, accrochées aux troncs à des hauteurs impossibles. Des dizaines de Fées Pictes — toutes différentes, toutes avec leurs tatouages bleutés qui pulsent à des rythmes légèrement désynchronisés, créant dans l’air une ondulation de lumière froide qui donne l’impression que la clairière respire.
Elles se taisent en les voyant arriver.
Gribouille cherche immédiatement.
Il y a toujours un chef. Pas forcément le plus grand, pas forcément le plus bruyant — mais quelque chose dans la façon dont les autres s’organisent autour d’une présence, dont les regards convergent vers un point.
Il trouve.
Au centre de la clairière, sur une racine qui remonte du sol comme un trône naturel — une Fée plus vieille que les autres. Pas physiquement, pas de façon évidente. Mais ses tatouages sont plus denses, plus complexes, des spirales qui recouvrent chaque centimètre visible de peau. Ses ailes sont légèrement plus larges. Et les autres — imperceptiblement, naturellement — lui laissent l’espace que les vivants laissent toujours à celui qui décide.
Elle le regarde déjà.
Elle l’attendait.
Gribouille s’avance vers elle. S’arrête à distance respectueuse. Un genou au sol — même geste que tout à l’heure, même soin pour ne rien écraser.
Il rouvre le fil.
Et il recommence.
La vérité. Simplement. Sans fioritures, sans diplomatie calculée. L’Unité, le vaisseau, les peuples qui tombent un par un. Leur groupe. Les armes sacrées. Les alliances déjà faites — nains, drakenides, orcs-gobelins, pirates ogres.
Et le vide qui reste.
La place que les Fées Pictes pourraient occuper.
La vieille Fée écoute sans bouger.
Ses tatouages pulsent lentement, profondément — comme quelque chose qui réfléchit avec tout son corps.
Le silence de la clairière est total.
Qu’est-ce qu’elle répond ?