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Un soir, sur le minuit lugubre Tandis que je m'appesantissais, faible et fatigué Sur mains curieux et précieux volumes d'une doctrine oubliée...

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Chère foule en délire, un nouveau sujet à débattre !

Le jeu de rôle est-il ou non un jeu de société ? Ou une branche des jeux de société ? Ou un rituel obscur accompli par les âmes tourmentées au fin fond des forêts depuis la nuit des temps ?

À vous la parole !

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Bonsoir tout le monde, venez donc vous asseoir autour du feu de camp !

J'aimerais continuer à vous poser des questions méta sur le jeu de rôles, un petit peu tous les jours, histoire qu'on fasse autre chose que manger des saucisses et picoler en regardant bêtement les flammes comme des minotaures qui regarderaient passer un chariot à mine nain à vapeur.

Ah... On m'envoie un Message par tour de magie... Oui... Ah. D'accord...

Bon.

Sur demande pressante du Plan Extérieur dont je dépends, je présente toutes mes excuses à la communauté minotaure, que je n'ai évidemment pas voulu vexer par mes propos.

Il va de soi que la culture minotaure, quoiqu'exotique et parfois brutale, a le privilège d'être diversement riche, artistiquement originale, intellectuellement profonde, qu'elle ne peut en aucun cas être réduite à une description d'une bande de ruminants regardant passer les chariots à mine et qu'elle mérite tout notre respect, voilà, ça c'est dit.

D'ailleurs, les nains ne sont pas les seuls à utiliser les chariots à mine, et le raccourci était un peu facile. Remarquez qu'ici, aucun Nain ne s'est plaint de la réflexion.

Kofrâleurskof

Bien.

Ma question de ce soir concerne... le fait de jouer des PJ méchants.

Ce n'est jamais évident de les intégrer dans un groupe. Ce n'est jamais évident de les gérer sans qu'ils ne condamnent un scénario à la honte de la poubelle. Ce n'est jamais évident d'éviter la caricature. Ce n'est jamais évident de les aimer pour ce qu'ils sont. Et pourtant, la demande existe, et j'ai l'impression qu'elle est en hausse.

Alors pourquoi ai-je toujours une sueur froide dès que j'entends : "je peux jouer un mauvais" ?

Bon. La littérature ne manque pourtant pas de "bons" méchants... Quand on en parle, je pense directement à Raistlin Majere, de la série Lancedragon, qui de Mage Rouge, devient Mage Noir, puis veut devenir un dieu, et je ne me rappelle pas que ça pose de problème "majere" (hu hu) aux personnages de la saga (sauf à la toute fin, où quand même, certains trouvent qu'il pousse le bouchon un tantinet).

On peut aussi s'inspirer de certains personnages de Game of Thrones, qui, en termes de mauvaiseté, détiennent quand même un certain palmarès (certains parviennent même à vous faire casser votre propre téléviseur à distance, les canaillous). Les méchants ont leur place dans les récits épiques, bien évidemment.

Mais qu'est-ce qui explique cette fascination d'aujourd'hui à vouloir, parfois à tout prix, incarner le mal chez certains joueurs (y compris des joueurs débutants) ? Comment concilier ce personnage (le plus souvent solitaire, égoïste, rancunier, avide, traître, aimant à problèmes et prêt à pousser un meuble pour que vous vous cogniez le petit orteil dessus) avec une équipe... et préserver l'esprit d'équipe sans que tout le monde ne soit "mauvais" ? Comment se fait-il qu'on en arrive parfois à des situations où il faut expliquer que "Non, les Paladins ne recourent pas à la torture rituelle de paysans pauvres pour qu'ils crachent où ils ont planqué leur magot, en prétextant que c'est pour les impôts du roi et qu'ils exercent la justice" ? Et comment se fait-il que j'écrive ça en pleine nuit au lieu de dormir ?

Des questions bien embarrassantes. Elles me renvoient au roman "Dr Jekyll et Mr Hyde" de R.L. Stevenson (pas pour le fait d'écrire sans dormir, quoique), dans lequel, capable de se créer le meilleur ou le pire des alter-egos, Jekyll choisit délibérément de se créer le pire. Ca fait froid dans le dos. J'en tremble encore.

Bref. Soyez sympas de donner votre avis, je suis sûr qu'il est très intéressant.

Si si, c'est sincère.

Ou alors, je mens, parce que c'est moi le méchant depuis le début, yek yek yek.

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Hello à tous,

Une nouvelle question, de réflexion, cette fois (on anime le Campfire comme on peut !).

Nous sommes tous ici parce que nous apprécions le jeu de rôles. Ma question est la suivante : pourquoi ?

Pourquoi, toi, public, toi qui lis ceci (oui, toi aussi, là dans le fond, derrière le pilier), fais-tu du jeu de rôles ? Qu'est-ce que tu y trouves ? Qu'est-ce que ça t'apporte ?

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Hello à tous,

Question un peu philosophique : faut-il opter pour du réalisme à tout prix dans un monde comme D&D, où la magie, le multivers existent ?

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Hello à tous,

Une question qui n'a jamais fait débat : la lecture des parchemins magiques dans DD5. brandit le panneau de sarcasme

Comment gérez-vous l'apparente contradiction selon laquelle un joueur qui sait lire sait aussi lire les parchemins magiques, mais pas les parchemins magiques de sorts (qui l'eût cru qu'ils étaient magiques ?) parce que lesdits sorts doivent faire partie de la liste de sorts de classe du lecteur desdits parchemins ?

Perso, j'en perds mon Arcanum, et ça nuit à mon Narrativium. Donc je vais prendre un Valium, et en parler à ma femme (ah, je vous ai bien eu).

Quelqu'un a-t-il un sort pour démêler ça ?

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C'est décidé.

Si j'ai encore un chat, je l'appelle Fumble.

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On attaque avec un #octoscenar ? 😁

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#scenartember25

- T'es bien sûr que c'est par là ?

L'arcaniste a l'air sceptique.

- Je te dis que oui, bon sang ! Mon instinct nanique ne me trompe jamais !

- J'ai l'impression qu'on descend depuis des heures !

- Tu n'as pas l'air de savoir lire une carte.

- Pas besoin de carte ! Les Nains savent se repérer dans les souterrains.

- Ok. Où est le Nord ?

- Où est mon pied ? Tu veux savoir ?

- Gagné.

- Si ça continue, on va tomber à court de lumière.

- Pas besoin de lumière. Je suis nyctalope.

- Je le sav...

- Taratata ! Allez les gars, on se motive ! N'oubliez pas qu'il est question de trouver un trésor. On sera bientôt riches !

- A choisir, entre riche et vivant, je préfère la seconde proposition.

- On peut être riche ET vivant !

- Ouais, ou riche et mort. Tout dépend.

- Raaah mais t'as fini de nous saper le moral ?! Tu veux ta part ?

- Mmh... Oublie ce que j'ai dit.

Notre équipe de fiers aventuriers, composée d'un nain guerrier, d'un rôdeur demi-elfe, d'un mercenaire, d'une arcaniste et d'une voleuse halfeline, poursuit sa descente d'un très long escalier bordé par des ravins si profonds qu'on ne parvient pas à l'apercevoir. Le fond, je veux dire.

- Aaah ça y est ! Je reconnais la Grande Porte de la Mine !

- Pas trop tôt.

- On est sûrs que c'est la bonne porte ?

Le mercenaire exaspéré se tourne vers l'arcaniste.

- La femme à la taverne a dit : "Une porte hexagonale aux dimensions colossales, sculptée de motifs inconnus dans un métal étrange et surmontée des armoiries du clan." Qu'est-ce qu'il te faut ?! T'en as pas marre de douter de tout ?!

Le rôdeur

- C'est normal qu'elle soit entrouverte ?

Le nain

- Bah comment je peux savoir, moi ?! Personne est venu ici depuis des millénaires !

Le rôdeur

- Ce n'est pas ce que ces traces de pas dans la poussière nous révèlent...

Le Nain

- Mais qui serait assez CON pour venir crapahuter comme ça dans un lieu aussi dangereux ?

Tous

- ...

Le Nain

- Ouais d'accord. Ça aussi faut oublier.

L'arcaniste

- Ça va pas être facile !

Le Nain

- On va pas rester plantés là comme des radis !

Le mercenaire

- Allez, en avant. On verra bien.

Les héros franchissent bravement la porte entrebâillée. Pendant un long moment, couloirs vides et salles sans intérêt se succède. Le groupe allait renoncer quand soudain...

Le mercenaire

- C'est quoi, ce bordel ?!

Le Nain

- Tu parles des bas-reliefs ensanglantés ou des morceaux de gens un peu partout ?

Le mercenaire

- C'est ça. Ce matin je me suis dit : "Tiens, je descendrais bien dans une mine naine pour vomir devant les bas-reliefs tellement ils sont dégueulasses !" Pauvre type !

Le Nain

- Mais ça vaaaa ! Pourquoi tu m'agresses ?!

Le rôdeur

- Ça faut admettre... C'est assez gore.

Le mercenaire

- Mais il s'est passé quoi ici ?

L'arcaniste

- Ils ont été lacérés, éventrés, déchirés et déchiquetés avec une extrême violence.

Le Nain

- Merci, Dr Obvious.

L'arcaniste

- J'essaie d'aider, moi !

Le Nain

- Ouais. T'as raison. T'essaies.

Le rôdeur

- Ils ont rien sur eux, à part des robes noires.

Le mercenaire

- Ok, on avance, alors. Rogue, vérifie quand même si la salle n'est pas piégée... Rogue ?

La voleuse

- Ici.

Le mercenaire

- AAAH PUTAIN ! Je t'ai déjà dit de ne pas surgir dans mon dos, comme ça !

La voleuse

- Héhéhé...

Le mercenaire

- Ouais c'est ça, ricane...

L'arcaniste

- C'est bizarre, quand même, cette impression que l'endroit me dit vaguement quelque chose...

Dans l'immense salle suivante, les aventuriers découvrent d'autres corps en robe, un grand cercle d'invocation démoniaque, des bougies noires à moitié consumées ainsi que ce qui reste de sacrifices humains sur un autel, près de braseros nains à feu perpétuel, tout au fond.

Le mercenaire

- Ah les malades...

Le rôdeur

- Ouais, faut vraiment être tordu.

L'arcaniste

- C'est moi ou la lumière a baissé d'un coup ?

Le Nain

- Faut croire que les torches sont en train de nous lâcher...

Le mercenaire, montrant le pentacle

- Tu as juste le temps de nous dire ce que c'est que ce truc.

L'arcaniste

- Je sais pas.

Le mercenaire

- Comment ça "tu sais pas" ?!

L'arcaniste

- Ben je sais pas ! Je me suis pas spécialisée ! En plus j'ai pas eu la moyenne en conjuration, parce que avec Juju on faisait souvent le mur et...

Le mercenaire

- JE M'EN TARTINE LES AISSELLES A LA PAILLE DE FER !

La voleuse

- Dur.

L'arcaniste

- Nan mais c'est bon, ça doit être un truc pour libérer ou emprisonner un démon, un machin comme ça...

Le mercenaire

- Libérer ou emprisonner ?!

Le rôdeur

- UN DEMON ??

L'arcaniste

- Je sais pas.

Le Nain

- Tu sers à que dalle !

Le rôdeur

- On risque potentiellement de prendre un démon en pleine courge... Il serait pas temps de rentrer chez mémé ?

Le mercenaire

- Nan mais ça va bien, écoutez... Si le démon était bloqué ici, on serait tombés dessus, non ?

L'arcaniste

- C'est concis, mais je m'y retrouve.

Le mercenaire

- Donc, on peut raisonnablement penser qu'il est en liberté... et qu'il a décidé de pas poireauter ici, et qu'il s'est fait la malle depuis perpète !

Le Nain

- Logique !

Le rôdeur

- Je suis pas trop sûr.

Le mercenaire

- Bon, Rogue... Rogue !

La voleuse

- Ici.

Le mercenaire sursaute

- AH ! MAIS BONS DIEUX JE T'AI DIT D'ARRÊTER DE FAIRE ÇA !

La voleuse

- Héhéhé...

Le mercenaire

- Bon allez, y a des pièges, des mécanismes cachés ?

- Non.

Le mercenaire

- Alors on av...

La voleuse

- Non.

Le mercenaire

- Quoi non ?

La voleuse

- Y a rien.

Le mercenaire

- Je sais !!! Du coup...

La voleuse

- Pas d'autre salle.

Le mercenaire

- Euh... Plus rien ?

Le rôdeur

- C'est pas possible ! Sur la carte, on est pile à l'endroit où il est écrit "MAGOT" !

Le Nain

- Il est où le magot alors ?!

La voleuse

- Y a un coffre.

Le mercenaire

- Hein ? Mais... je croyais qu'il n'y avait rien !!

La voleuse

- Y a rien. Sauf un coffre.

Le mercenaire

- BORDEL MAIS T'AURAIS PAS ENVIE D'ÊTRE CLAIRE UNE FOIS DANS TA PUTAIN DE VIE ?! POURQUOI TU L'AS PAS DIT ?!

La voleuse

- T'as pas demandé.

Le mercenaire ronge le cuir de son sac.

L'arcaniste

- Ah mais ça y est ! Je savais que j'avais entendu l'histoire de cette mine quelque part ! C'est pas le clan des Poings-de-Marteau qui vivaient ici ?

Le Nain

- Ben si, pourquoi ?

L'arcaniste

- D'après la légende, leur roi aurait fait un pacte avec les Abysses pour avoir plus d'or. D'où, sans doute, le pentacle qu'on a trouvé. Il a amassé une fortune colossale tout au long de sa vie, mais n'en a jamais profité parce que en échange, il avait vendu les âmes de tout son peuple !

Le Nain

- Le salaud !

L'arcaniste

- Jusqu'à ce qu'en creusant, les Poings-de-Marteau découvrent un cristal aux propriétés particulières. Les Nains sont parvenus à y enfermer le démon en lui imposant l'interdit d'en sortir s'il y a de la lumière. Problème : dans une mine, il fait rarement lumineux. Du coup ils ont placé le cristal sur un autel, entre deux braseros à feu perpétuel. C'est malin hein ?

Le mercenaire

- Plutôt oui ! Du coup à nous le magot, et sans combattre ! Joie !

La voleuse

- Dans mon sac.

Le rôdeur

- Hein ?

La voleuse

- Le cristal. Il est dans mon sac.

Tous

- ...

Le mercenaire, murmurant

- Y paraît que connaître le nom d'un démon peut l'affaiblir... Pitié, dis-moi que tu connais son nom.

L'arcaniste, riant

- Ah pour ça oui, facile, hi hi ! Il s'appelle Magot ! Marrant non ?

Les braseros se renversent, plongeant la pièce dans les ténèbres. Un rire sinistre résonne dans le noir.

Le Nain

- Et galère !

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#scenartember25

L'ancêtre avait raison

-Vous ne devriez pas faire confiance à un vieil ancêtre comme moi, dit le vieillard avec tristesse, s'appuyant un peu plus sur son bâton. Ma mémoire n'est plus ce qu'elle était...

-Continuez, dis-je en lui servant un nouveau verre d'eau-de-vie de cerise. Tout ce que vous pourrez me dire sur l'Oeil de Tarasque m'intéresse.

-Eh bien... Il déglutit. On dit qu'il a été ramené d'un lointain pays par l'arrière-grand-père du Seigneur Vyren, Godric. Dégoté au plus profond d'un temple empli de créatures abominables, paraît-il. Notez qu'il aurait tout aussi bien pu le dérober à un quidam de là-bas... Toujours est-il que quand il est revenu au pays, on dirait bien qu'il a aussi ramené quelque chose d'autre avec lui... A peine avait-il planqué le saphir dans son palais qu'il serait tombé malade. Raide mort deux jours après ! Son fils Aethelred non plus n'a pas eu de chance : tué dans un "accident" de chasse. Son petit-fils, Jehan, est tombé du haut de la tour de son propre donjon... Et maintenant, c'est Vyren qui mène la barque. Sauf que personne ne sait exactement où le vieux Godric a planqué l'Oeil. Pourtant, un saphir gros comme un poing d'Orque, ça doit pas être bien difficile à trouver... Mais moi, je sais.

Il porta le verre à ses lèvres, non sans difficulté.

-Mon père était intendant du Seigneur Godric. L'un des seuls au courant pour la poterne dont l'accès souterrain est dissimulé derrière la troisième étagère de la bibliothèque. J'étais tout gamin quand je l'ai vu ouvrir le passage après son retour, en tirant sur un livre rouge, avec une besace qui semblait bien précieuse... et il est remonté sans. C'est à partir de là que le château et la lignée ont commencé à tomber en ruine...

-Où se trouve la bibliothèque ?

-Premier escalier à gauche du trône puis la porte sur votre droite. Ensuite, au fond du couloir... Du moins c'était ça dans le temps.

-Merci, l'Ancien.

Je lui serrai la main, et y laissai une pièce d'or. Non que j'en aie beaucoup - je vis avec l'argent des autres - mais je voulais m'assurer de son silence.

-N'y allez pas, messire. Ce truc est maudit. Il a ruiné toute la famille de Sire Godric...

-Heureusement pour moi, je ne suis pas de cette famille.

Et je risquerai tout pour sauver ma sœur, ajoutai-je en pensée, avant de sortir de la taverne enfumée et malodorante. Tiara était captive de cette bande de malfrats depuis trop longtemps.

La nuit était tombée. Il ne me fut pas difficile de pénétrer dans le château, au sommet de la colline : cette vieille ruine tient à peine debout et est percée de plus de trous qu'une passoire. Seul le logis semble encore salubre. Un soupirail aux barreaux absents, à moitié dissimulé par la végétation me permit de me faufiler discrètement dans une sorte de cave. Je saluai l'astre lunaire avant de plonger dans l'obscurité. Fort heureusement, mon ascendance elfe me dote d'une vision relativement confortable dans la pénombre.

Je remontai un court escalier et arrivai aux cuisines, prit à gauche pour suivre un long couloir et déboucher dans une grande salle. De longues tables élégamment disposées, un mobilier finement ciselé, une estrade pour les trouvères m'indiquèrent que c'était sans doute ici que le seigneur Vyren prenait ses repas. Encore à gauche, je parvins à l'aula du château.

L'escalier de gauche, m'avait dit l'ancien.

Je montai les marches quatre à quatre, dissimulé dans l'ombre des murs, et jetai un coup d'oeil. Personne. La chance était avec moi. Du moins, je le croyais.

Je parvins à la porte de droite. Verrouillée.

Je sortis mes crochets et exerçais mon art quand des bruits de pas et une lueur orangée survinrent du côté de l'escalier. Pas tranquille mais bottes ferrées. Pas de feu crépitant : une lanterne. Un garde.

Je me hâtai, priant Tymora jusqu'à entendre le déclic salutaire. La porte s'ouvrit sans un bruit. Je m'y engouffrai et refermai. Le guetteur passa. Je soupirai et tentai de calmer mon coeur.

Un long couloir avec un coude, des bougies, des miroirs. Curieux. J'avançai après le coude, jusqu'à la porte du fond. Celle-ci n'était pas verrouillée. Tymora était avec moi.

La bibliothèque. Un, deux, troisième étagère. Un livre rouge, sans trace de poussière. Encore plus curieux. Je le saisis.

L'étagère s'écarta pour dévoiler un escalier qui descendait dans les profondeurs obscures... Un interminable escalier en colimaçon. Sans intention de me briser un membre par négligence, je me risquai à allumer une torche.

J'arrivai dans une espèce de crypte au plafond haut et voûté. Ce devait être l'endroit où, jadis, les seigneurs des lieux entassaient leur butin de guerre. Depuis, à part quelques menus objets semi-précieux, utilitaires ou les deux à la fois, plus grand-chose ne subsistait de leur gloire passée. Celle-ci ne s'illustrait plus que dans les portraits de glorieux ancêtres, accrochés aux murs.

J'avisai quelque coffret, ferraillai pour l'ouvrir : vide. Il en fut ainsi de chacun des coffrets que je trouvai. Je pestai de frustration avant de me rappeler un adage : "Ne jamais placer un objet dans un objet qui peut se déplacer."

Je me mis donc à sonder les murs, écartant les tableaux. Rien. Je fulminais. Il me fallait me hâter. Je me tournai vers le tableau du seigneur Godric, l'invectivant âprement. "Où l'as-tu caché, bougre de salaud ?!".

C'est alors seulement que je remarquai son visage.

Le seigneur Godric, représenté sur le tableau avait un visage familier. Un visage que j'avais déjà vu, sirotant son "eau-de-vie" et tremblant sur son bâton.

Pris de peur, je me retournai.

Il était là.

Ses yeux rouges luisaient à la lueur de ma torche. Ses lèvres retroussées laissaient entrevoir de longues canines blanches. Le miroir derrière lui ne produisait que mon propre reflet.

Je sortis ma lame pour affronter Godric, qui n'avait ramené d'un pays lointain que sa terrible malédiction.

"Vous ne devriez pas faire confiance à un vieil ancêtre comme moi", avait-il dit.

L'Ancêtre...

L'Ancêtre avait raison.

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#scenartember25

C'est par une nuit froide du mois de Sept Ambres que tout s'est produit. Une nuit telle qu'il n'y en eut jamais, et qu'il n'y en aura probablement jamais plus. C'est depuis lors que je n'ose plus contempler le ciel étoilé.

Mon intarissable ami et moi-même avions alors la passion des étoiles, des planètes, des comètes et autres sujets d'astronomie. Nous pouvions discourir des heures durant sur les plus infimes mutations et mouvements des corps célestes, sous la lentille translucide de l'énorme télescope de l'observatoire. Et nous n'avions nullement besoin, ce soir-là, de mener quelque interminable investigation pour trouver de quoi nous allions bien pouvoir parler.

C'était la nuit de la Conjonction des Sphères. Un événement dont personne, pas même l'Univers lui-même, n'avait encore été témoin.

Pour la première fois de leur existence, les douze astres célestes qui constituent notre système solaire allaient être - du moins d'après nos calculs minutieux - alignés de façon parfaitement rectiligne, suivant une droite passant exactement par le centre de chacun d'eux et par ceux de nos deux Soleils, qui les encadreraient.

Ni mon camarade, ni moi-même, malgré notre évidente compétence, ne pouvions envisager ne serait-ce qu'un millionième des effets réels que cet événement sans précédent aurait sur notre planète. C'est précisément la raison pour laquelle nous ne cessions de nous perdre en conjonctures, présomptions et en hypothèses diverses et variées.

Il me revient en mémoire avec quelle fébrilité nous avions ouverts bien grand le dôme de l'observatoire, ajustions nos outils d'observation jusqu'à atteindre la plus parfaite des nettetés, tournions nos molettes, faisions et refaisions les mêmes calculs prédictifs, tout en guettant d'un oeil fiévreux l'heure fatidique de l'alignement parfait : une heure, trente-quatre minutes et huit dixièmes du matin, très précisément.

La première chose qui nous avertit du commencement du phénomène, ce furent les beuglements hideusement plaintifs des bovidés, se répercutant loin depuis la vallée. Vers une heure et huit minutes, ils commencèrent de concert, d'une seule voix. On eût dit une chorale de fidèles s'époumonant à chanter des louanges à ciel ouvert, comme si ces créatures stupides rendaient un culte à quelque déité inconnue et antédiluvienne. Mon ami frissonna et se pencha sur son télescope.

Puis l'horloge de l'observatoire égrena de tics et de tacs les minutes et les secondes, semblant ralentir la chute de chaque grain en le maintenant un peu plus longtemps entre ses doigts cruels, nous blessant toujours un peu plus, jusqu'à nous tuer d'impatience. Mon ami et moi observions, extatiques, les Sphères s'aligner lentement, progressivement, inexorablement.

C'est à une heure, trente-quatre minutes et huit dixièmes de seconde que la véritable horreur commença.

L'alignement parfait des Sphères, qui devait se maintenir un moment, causa l'élévation progressive et inéluctable de toutes les choses et les êtres qui n'étaient pas solidement attachés au sol de notre planète. Ainsi s'envolèrent dans les cieux d'abord de petits objets, puis des objets et des êtres de plus en plus gros, de plus en plus solidement enracinés à la croûte terrestre, jusqu'à cette croûte elle-même, jusqu'à des hauteurs absolument vertigineuses, abyssales.

Nous n'échappames pas au destin du monde. Mon ami hurla d'une terreur sans nom. Il n'avait pas quitté son télescope, auquel il s'accrochait désespérément, depuis le début des beuglements. Ce qu'il y avait vu le fit soudain pâlir si atrocement que je doutais une seconde qu'il y eût encore du sang dans ses veines.

Tandis que le monde entier était aspiré comme par un trou noir, il fut le premier à s'élever, de plus en plus vite, avant de disparaître dans un rire dément, perdant l'ultime vestige de sa raison et d'humanité qu'il gardait encore par devers lui. Car sitôt qu'il se fût écarté du télescope, son esprit se brisa. Tandis que je m'élevais à mon tour, ma toute dernière vision fut celle d'un gigantesque raz-de marée assiégeant l'observatoire. L'océan lui-même s'était levé pour la première fois, quittant son bassin séculaire, pour s'envoler lui aussi vers les étoiles et tout engloutir de ce qui resterait ici-bas. Je dus perdre connaissance à ce moment.

J'ignore totalement comment j'ai survécu à la Conjonction. Je me réveillai dans un camp de fortune, allongé à même le sol, les membres brisés, dans un monde absolument dévasté par l'eau, les débris arrachés puis retombés comme des missiles, un monde qui ne serait plus jamais le même après un tel désastre. Les corps - ou ce qu'il en restait - s'étendaient à perte de vue.

Mais ce qui m'effraye encore le plus aujourd'hui n'est pas ce monde terrestre complètement détruit, mais bien le monde céleste... Car je sais. Et sitôt que je lève les yeux vers les étoiles, j'entends encore et toujours mon ami hurler et blasphémer, en termes impies que j'ose à peine reproduire ici :

"Prends-moi, Dévoreuse de Mondes ! Prends-moi, que je m'abreuve d'infinis éons et de noires connaissances à tes pis divins et sanglants, tandis que tu te régaleras de ma chair indigne ! Accepte mon sacrifice, ô toi, mère des mères, ô, toi, Vache Volante !"

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